Rauwiller

De "GAEWEL"

Au fond de ma mémoire de gosse reste ancrée une image, le "Gaewel". Ne cherchez pas à traduire... c'était tout bonnement un étroit passage de la largeur d'un peu plus d'une voiture, par lequel, me rendant de Hirschland chez mon grand-père à Goerlingen, il fallait immanquablement passer. Cette image là a totalement disparu. Dès le décès de son dernier occupant la maison de gauche a été démolie ouvrant un passage somptueux vers la vallée de l'Isch et offrant une splendide vue sur Hirschland. La féerie de mon enfance perdit, ce jour là, un peu de son merveilleux. Clicquez sur l'une des images pour l'agrandir.

Croix huguenote sur fond bleu, à l'abri de l'aile de l'aigle bicephale des comtes de Sarrewerden symbolise l'appartenance de la commune à ce comté

Un peu d'histoire

Rauwiller s'est construit sur une hauteur, loin de toute source d'eau potable. Son nom, selon les historiens signifie le hameau dans la brousse. En conclure que, pour le bâtir, ses premiers occupants ont défriché bois et buissons... L'acte le plus ancien, dressé en 1298 et citant le village, concerne une donation de biens sis à Rauwiller, à un ordre teutonique de Sarrebourg, en échange d'une rente à vie. Vers 1350 le village passe sous le contrôle des comtes de Sarrewerden. Pour diverses raisons (épidémies, guerres, Bundschuh, pillages) le village, qui semble avoir été un centre de commerce et un lieu de passage florissant, se dépeuple totalement et menace de disparaître. En 1559 il est réinvesti par des Huguenots fuyant les persécutions religieuses de la contre-réforme. Calvinistes et uniquement francophones, ces nouveaux venus ont du mal à s'intégrer dans la région et, à l'instar de six autres villages du comté de Nassau-Sarrewerden, Rauwiller reçoit le sobriquet de "Welschdorf" (village français) . A quel moment Claude Blaise vient-il s'installer ? Il est cité par les écritures comme "Bourgeois à Rauwiller en 1608". Dix ans plus tard une nouvelle épreuve décime le village, la guerre de trente ans avec son cortège d'atrocités, oeuvre de la soldatesque allemande, croate, suédoise et française. Rare sont ceux qui restent sur place. parmi eux le fils de Claude Blaise, Daniel, recensé comme Marketender (cantinier ; restaurateur ?) reste, pour tenir une auberge réputée dans toute la contrée. Une longue période de prospérité, que troublent fréquemment les actions en justice dont les Rauwillerois sont coutumiers, permet, grâce à la venue de familles suisses fuyant la misère et les contraintes de l'église, de repeupler le village et d'en faire un centre de commerce pour le voisinage ainsi qu'une étape pour les transports de marchandises, notamment de sel. L'arrivée en 1745 d'un coutelier venu de Klingenthal et originaire de Solingen apporte un essor supplémentaire grâce à la fabrication de coûteaux (certaines familles de la région gardent encore aujourd'hui le sobriquet de "Coutillier"). Quant à l'agitation de la révolution française de 1789, elle ne se fait pratiquement pas ressentir. C'est dans cette prospérité sereine que mes ancêtres exercent, sans trop de problèmes pendant cinq générations, diverses professions, cantinier-aubergiste, cordonnier, cultivateur, laboureur. Le déplacement vers le village voisin de Goerlingen est fait par Samuel, deuxième fils de Heinrich, qui,en 1777, épouse PONCIN Magdalena, une fille de ce village, et continue l'exploitation de son beau-père. La branche Rauwilleroise de la famille s'est maintenue jusqu'à nos jours. La période de calme dans le village perdure, sauf pendant les périodes de guerre et à cause de sa situation de carrefour de communications, jusqu'en 1944 où, trois jours durant, Rauwiller se trouve au centre de violents combats entre la 130ème Panzerdivision allemande et l'armée américaine. Bombardements d'artillerie et obus au phosphore détruisent tout un quartier, le "Gatterwang" (Quatre-Vents) et mettent à mal l'église. Une chapelle en bois, installée dans le jardin du presbytère accueillera les cultes jusqu'en 1950. Depuis, le village vit une spectaculaire évolution marquée par une grande diminution du nombre d'exploitants agricoles. Les trottoirs artistiquement fleuris remplacent les tas de fumier autrefois situés en façade de rue. Autres concessions au modernisme : la construction d'une nouvelle mairie, l'installation de l'adduction d'eau et de l'assainissement, la création d'une bibliothèque et d'un terrain de sport.